Sans contact

La crainte de la contamination

Le sans contact est le mot du jour. Paiement sans contact dans les magasins. Renouveller son abonnement de train sans contact depuis son fauteuil de salon. J’ai récemment entendu dans un train le convoyeur annoncer avec assurance : “nous allons vérifier sans contact votre billet, il suffit de le mettre sur la tablette ou sur le siège à côté de vous”. Les billets ne sont donc plus poinçonnés… Il semble qu’une peur panique de la contagion par de brefs contacts physiques via les cartes bancaires ou les billets de train ait envahi les esprits.

“Décontamination”, “sans danger”, “sécurité”, “distanciation sociale”, “hydrogel”, “masque protecteur” , “télétravail”… sont les nouveaux mots d’ordre qui se sont infiltrés bruyamment dans notre langue au cours des six derniers mois et que nous avons bon gré mal gré introduit dans nos vies.

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Le monde entier est partout présent

Zazen en plein air nous apprend plein de choses

Habituellement, nous faisons l’expérience du monde extérieur à travers la perspective de l’ego. Tout ce que nous entendons, ressentons, goûtons, sentons, voyons, nous l’expérimentons à partir de la seule interprétation que nous en faisons. Nous mettons notre perception en relation qu’avec nous-mêmes. De cette façon, nous nous sentons et nous nous considérons comme une sorte « d’île » qui perçoit les choses de l’extérieur ; séparé des autres et des choses. Je suis celui qui voit la lumière. C’est moi qui entends le bruit de la tondeuse du voisin (et qui suis dérangé par celui-ci). Le je implique toujours une distance.

Cette expérience change (un peu) quand on fait zazen en plein air. Là, nous sommes confrontés à d’autres sensations que nous n’avons pas à l’intérieur : nous sommes plus attentifs aux sons, nous sommes plus en contact avec l’air sur notre peau, le mouvement du vent, l’humidité du sol, les jeux d’ombre et de lumière, la chaleur du soleil qui apparaît soudainement au passage d’un nuage, les petits animaux qui viennent nous rendre visite (et qui parfois nous piquent 😉 )… En faisant zazen à l’air libre, nous nous sentons plus « au milieu » des phénomènes, que « dehors » ou  » détaché » de ceux-ci.

Tous les sons ont la même valeur

Cependant, la situation est inchangée : nous vivons dans le monde tout le temps, nous ne vivons pas à côté des choses. C’est l’interprétation de nos impressions sensorielles qui « change de point de vue ». Le cosmos entier est partout et se manifeste partout. Seulement, nous ne le voyons pas.

Le zazen en plein air nous apprend aussi à ne pas faire de distinctions (artificielles). Les bruits de la nature (par exemple les oiseaux) ne sont ni meilleurs ni pires que le bruit de fond d’une autoroute. D’ailleurs, le bruit de fond est le même partout : le ressac de la mer, un vent fort en montagne ou le trafic au loin : il reste toujours informe, du bruit blanc.

Porté par les sons du monde

On dit que Kannon, le bodhisattva de la compassion, est à l’écoute de tous les sons du monde. Un exemple d’une extériorité totale. L’esprit de Kannon accueille tous les sons (de la douleur) du monde et vit en unité avec eux.

Zazen – et par extension toute la pratique de la Voie du Bouddha – est pleinement s’immerger dans tout ce qui nous entoure et nous affecte.

En désactivant notre jugement de valeur pendant zazen (ou du moins en le gardant en arrière-plan), en mettant de côté nos préférences et nos aversions pendant un moment, nous pouvons finalement faire en sorte que chaque impression sensorielle que nous obtenons soit un support pour la pratique. Ainsi, nous sommes « nourris » par toutes ces impressions et nous sommes « portés » par elles…

L’extérieur devient l’intérieur. Un pas vers Kannon.

Teisho en ligne jeudi 28 mai

Thème: « Mushotoku »

« Mushotoku », librement traduit par « pour rien », « sans but », « sans profit » est un concept très entendu dans le zen. Cependant, il existe de nombreux malentendus à ce sujet – y compris dans le milieu zen.

Konrad Kosan Maquestieau essaie dans ce teisho d’y voir plus clair.

Teisho de 16h – 16h30 sur Zoom

(Credit illustration: Mike Cohen)

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